Apprendre avec le numérique, un dilemme cornélien?

Vaste chantier, I know! Je ne prétends aucunement faire le tour de la question dans un article de blog qui se doit d’être succinct. Je vais plutôt mettre en perspective deux petits ouvrages rapides à lire qui devraient piquer votre curiosité et pourquoi pas rajouter 2/3 liens pour compléter vos lectures si le sujet vous intéresse. Bien évidemment vos expériences de terrain (si vous êtes enseignants) seront les plus convaincantes. Les voilà ces deux ouvrages:

photo deux livresApprendre avec le numérique, Mythes et réalités – 30 octobre 2014 de Franck Amadieu, André Tricot

Les TICE en classe, mode d’emploi – 18 juin 2015 de Ghislain Dominé (Auteur), Philippe Meirieu (Préface): 3ème édition enrichie, 2017

Si vous voulez des résumés rapides de ces deux ouvrages, n’hésitez pas à clicker sur des articles parfaitement bien écrits dessus.

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2014/10/21102014Article635494737667005194.aspx

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2014/10/21102014Article635494737667005194.aspxhttp://www.cahiers-pedagogiques.com/Les-TICE-en-classe-mode-d-emploi-9305

Pour ce blog, je ne voulais relever que quelques passages qui m’ont interpellé

Pour le premier ouvrage, le sous titre « mythes et réalités » vient nous titiller (bien joué!).

mythes et realites

Le premier chapitre nous flanque déjà un gros coup (pour tous les défenseurs de la technologie) en concluant que technologie, motivation et performance n’ont pas de lien EVIDENT. Le lien peut être indirect, et les auteurs nous donnent l’exemple des Serious Games. En bref, il faut prendre en compte la source de la motivation auprès des apprenants, l’usage qui est fait de cette technologie (certains jouent plus avec l’outil qu’ils ne s’engagent dans des taches d’apprentissage) et le fait que l’investissement dans un apprentissage n’implique pas forcément de meilleures performances d’apprentissage. Et n’oublions pas qu’un jouet tout neuf est souvent plus excitant et donc plus motivant au début…

smartphone-2493419_1280

Je peux comprendre que le scénario pédagogique reste l’élément central des apprentissages scolaires et effectivement d’autres dispositifs soutenant un apprentissage actif puissent avoir les mêmes effets et ainsi que l’aspect ludique ne soit pas l’exclusivité du numérique (le mythe de l’apprentissage ludique par le numérique existe bien mais est-ce un mythe ;-)). Il n’en demeure pas moins que certains enfants s’amusent quand même plus avec le numérique (même si finalement cela ne veut pas dire qu’ils apprendront mieux et qu’ils seront plus performants cf. chap 1, aaaargh, j’en ai mal à la cabeza). Mais c’est au moins agréable de les voir stimulés, surtout à l’adolescence non?

berlin-1429878_1920

La bonne nouvelle est que les résultats sont très encourageants dans le domaine des technologies adaptées aux particularités des élèves. Les effets positifs obtenus quelle que soit la stratégie utilisée sont la compensation, le contournement et la rééducation. Visiblement, ce domaine demande à être exploré et développé. Kardi (www.kardi.fr) a développé des solutions de lecture et d’écriture pour les enfants qui ont des troubles « dys » par exemple- fascinant non?

Pas plus tard qu’ en septembre dernier, -au ChangeNow Summit- (http://www.changenow-summit.com/), j’ai rencontré le CEO et co-founder de Leka (https://leka.io/about.html). Leka est un « smart toy » à destination des enfants avec des besoins spéciaux. Il a été co-designed par des professionnels de l’enfance (psychologues et autres) et des parents. C’est un petit robot craquant, interactif, multi-sensoriel qui permet à ces enfants de jouer à des jeux éducatifs et ludiques qui favorisent l’interaction. Ainsi l’enfant est amené à développer son autonomie, ses compétences motrices, cognitives et socio émotionnelles. Un « smart toy » prometteur…

leka

C’est lui!

Les auteurs nous disent en revanche que « pour qu’il y ait plus value, il  faut que les acteurs (enseignants et élèves) maitrisent ces technologies et leurs fonctions pédagogiques. » (of course!).

Le dernier élément de cet ouvrage qui m’a vraiment interpellé (il faut le lire en entier, il est vraiment très instructif) est le mythe des digital natives complètement à l’aise dans ce domaine. Or ce qu’ils font à la maison est bien différent des tâches spécifiques requises pour l’école. Afin de capitaliser sur cet avantage, il suffirait de prendre en compte les compétences acquises par leur pratique domestique du numérique dans la conception de situations d’enseignement, « soit comme point de départ pour aller plus loin, soit comme obstacle à dépasser. » (au boulot pour se mettre à niveau).

Ceci me permet de faire une belle transition vers le second ouvrage qui justement nous mène vers le côté pragmatique de la chose, loin des spéculations intellectuelles sclérosantes (oui mais, peut- être un peu, en fait pas totalement, sans oublier que, mais pourtant, dans le meilleur des mondes qui n’existe pas…bref!). Il met bien en garde contre la pression de l’usage du numérique dans les apprentissages et rappelle qu’il est indispensable de faire le point sur ses compétences et ses objectifs avant cet usage. Il faut ensuite mettre en place un centre de ressources, bénéficier du réseau de l’établissement et faire une substitution numérique raisonnée. L’auteur donne ensuite trois démarches concrètes.

Une fois cette introduction faite, d’une substitution simple l’enseignant pourra décider de s’engager vers un programme plus ambitieux d’application du numérique dans sa salle de classe. La sortie scolaire, le cahier de classe et le manuel scolaire s’en trouvent repensés via un journal de bord numérique, des montages vidéos, des smartphones, l’application Evernote et bien d’autres encore. Même la réalité virtuelle ( comme google Cardboard, Google Daydream ou Samsung Gear) et l’intelligence artificielle (Siri, Cortana et autres formes d’IA) permettent de faciliter le rôle de l’enseignant et de réinventer la classe en facilitant la recherche d’informations et en permettant de gagner du temps sur certaines tâches non pédagogiques mais aussi d’inclure tous les élèves (un autre article sur le rôle de l’intelligence artificielle dans l’éducation suivra bientôt).

La Chine l’a bien compris d’ailleurs puisqu’elle met l’intelligence artificielle au centre de sa stratégie nationale pour l’éducation (http://www.scmp.com/tech/science-research/article/2115271/china-wants-bring-artificial-intelligence-its-classrooms-boost)- il parait que la France aurait plutôt fait le choix des valeurs en ce qui concerne le numérique (un petit oiseau lors d’une conférence me l’aurait dit…); à un moment ou à un autre il va falloir choisir le juste équilibre surtout ( et le budget qui va avec aussi).

Bref, cet ouvrage va très loin en explorant les aspects positifs d’une classe transformée par l’apport du numérique qui poussée à son extrême permettrait une redéfinition de l’école comme espace de transmission des connaissances et des compétences. Des travaux du Centre pour la Recherche et l’Innovation (CERI) du département de l’éducation et des compétences de l’Organisation de la Coopération et du Développement Economiques (OCDE) – environnements pédagogiques et pratiques novatrices– étudient ces questions de près (dont les plus récentes publications se trouvent la page suivante, désolée pour les non anglophones:http://www.oecd.org/edu/ceri/innovativelearningenvironments.htm). De nouveaux travaux devraient être rendus publics dans quelques temps- dès qu’ils le seront, je vous ferai un bel article dessus.

Alors apprendre par le numérique par amour ou par devoir? ni l’un ni l’autre; tout simplement pour embrasser le changement et réinventer l’école et se rappeler que ce n’est peut-être qu’un outil mais très prometteur qui remet l’être humain au centre du processus contrairement à ce que ses détracteurs pourraient penser. Nous ne sommes qu’au tout début et beaucoup de travail et de réflexion sont encore nécessaires pour que tout son potentiel puisse se réaliser.

Quelques liens intéressants pour compléter cet article:

https://www.reseau-canope.fr/notice/cultures-numeriques.html

http://emiconf.ens-lyon.fr/

https://aaar.fr/revue/article/restitution-de-rencontre-culture-numerique-12-octobre-2017-education-aux-medias-a-linformation/

http://elancourt.fr/ma-ville/ma-ville-numerique/leducation-numerique

https://www.eduspotfrance.fr/

http://ecolenumerique.education.gouv.fr/

https://www.ac-paris.fr/portail/jcms/p2_1054228/delegation-academique-au-numerique-educatif-dane-paris