La Question du Redoublement Fait Fureur… les intérêts divergent!

Un retour au redoublement exceptionnel

Aaaaah, le redoublement, la thématique qui fait fureur et qui divise les uns et les autres, un bon sujet de controverse bien comme il faut. Mais finalement si on analyse bien cette nouvelle mesure gouvernementale, elle n’est que le résultat d’un compromis. Et effectivement le postulat selon lequel le redoublement nuirait à l’équité et donc à la réussite de tous les élèves semble difficilement faire son chemin dans notre système- La France encore presque championne des pays de l’OCDE (5e dans les résultats PISA 2015  publiés en 2016- on verra en 2018 ce qu’il en sera après la publication des prochains résultats 😉); Et pourquoi ? parce que le système français semble avoir du mal avec le concept d’équité tout simplement (l’égalité oui mais l’équité ohla, attention ! ah cet héritage républicain qui part du postulat selon lequel tout le monde part du même point de départ et a les mêmes besoins!). Et donc la question sui se pose dans ce blog est : revenir au redoublement tout en gardant le caractère exceptionnel de celui-ci est-il une décision sage pour la France?

cout du redoublement

Explication et si on pousse la logique à son extrême

Il semblerait selon cette mesure qu’il ne pourra se faire qu’à deux paliers précis de la scolarité au collège et au lycée. Mais quid de l’école élémentaire ?
C’est bien reconnaître  que l’on ne peut pas laisser avancer dans les classes des élèves n’ayant les acquis de base. On ne peut quand même pas faire passer un élève en cm2 qui ne sait ni lire ni écrire ! Ou à peine…Et la situation n’est pas si exceptionnelle.

La peur est bien là:

pour le redoublement
L’apprentissage de la lecture se fait en CP, CE1 et se poursuit en CE2 mais après c’est fini ! Si l’élève ne sait pas lire c’est à l’enseignant de différencier son travail et de lui lire les consignes et le texte. Et ce jusqu’à la fin de sa scolarité ? Jusqu’à ce qu’il soit dirigé en SEGPA au collège ? Puis sur une filière d’apprentissage ? Cet artisan, possédant certainement plusieurs compétences et un immense savoir-faire, ne saura pas peut-être pas lire correctement et faire des devis, commander ses matériaux. Ce n’est évidemment pas une situation acceptable pour l’éducation Nationale. Le redoublement précoce n’est pourtant pas préconisé…

image à la une redoublement

Le caractère exceptionnel du redoublement

Mais alors proposer de revenir au redoublement, de façon exceptionnelle, et sous l’autorisation des parents est-elle la meilleure solution ? Nous connaissons bien les critiques faites au redoublement : le caractère déstabilisant, le sentiment d’échec… c’est pourquoi cette mesure proposée par le gouvernement traduit plutôt l’idée d’un redoublement « stratégique » prenant en compte le caractère de l’élève et sa potentielle vulnérabilité face à cette situation.

Alors n’existe-il pas une solution plus adaptée plutôt qu’un retour en arrière ?

Une progression adaptée à chaque enfant permettrait de garantir l’acquisition des connaissances élémentaires pour chacun. Chaque enfant a le droit et le besoin de progresser à son rythme, de travailler ses difficultés sans que ses erreurs soient considérées comme des échecs. On en revient toujours à cette personnalisation des apprentissages.
Mais comment faire progresser tous ses élèves quand les niveaux et les besoins sont si différents ? C’est cette question qui devrait être réellement abordée ; les outils numériques bien utilisés ne permettraient-ils pas ceci ? Un article d’entretien avec Bill Gates sur l’utilisation de l’intelligence artificielle pour une personnalisation des apprentissages l’explique clairement.

la réussite

Et puis voilà ce que certains autres pays ont trouvé comme solution

mafalda

Je rigoooooole!

Voici une super publication de l’OCDE qui date déjà de 2012 propose des solutions alternatives et donnent quelques exemples d’autres systèmes qui ont mis en place des dispositfs intéressants face à ce problème (sans nommer le coût pour l’état- les chiffres ont été donnés et redonnés dans moult articles):
OECD (2012), Equity and Quality in Education: Supporting Disadvantaged Students and Schools, OECD Publishing, Paris.

• Italie, Allemagne, Espagne/ mise en place de classes d’été, programme de formation pour une remise à niveau pour les enfants ayant des lacunes
• Finlande (désolée encore la Finlande oups !) avec son approche modulaire
• Les plus radicaux le Japon et la Norvège qui ont interdit la pratique du redoublement mais l’ont accompagné de la mise en place d’un suivi personnalisé des élèves tout au long de la scolarité et dès la petite enfance pour faciliter l’apprentissage scolaire et prévenir l’échec scolaire.

Ce suivi personnalisé est souvent mis en place en France dans les petites classes grâce à l’initiative de l’enseignant super héros qui se donne à fonds ou la politique d’un établissement scolaire bien averti, mais pourquoi ne pas continuer jusqu’au bout de la scolarité et mettre en place tout un dispositif comme l’ont si bien fait d’autres pays ?
Devrions-nous être plus radical ?

Un très bon dossier du CNESCO là-dessus.

Pour conclure et répondre à la question

Oui, revenir au redoublement est une décision sage, littéralement, « qui fait preuve de sureté dans ses jugements et sa conduite et qui évite tout excès, toute originalité et reflète un certain conformisme. » (wow, toutes les définitions du Larousse online).

Mais encore une fois, notre système éducatif n’a-t-il justement pas besoin de sortir de son conformisme pour sortir de sa crise ? Ne devrions-nous pas repenser la partie immergée de l’iceberg; celle qui ne fait que conforter l’idée selon laquelle si un vrai dispositif de personnalisation des apprentissages n’est pas mis en place dès la petite enfance et tout au long de la scolarité, la problématique du redoublement sera toujours un sujet de controverse qui paralysera un système- le compromis ne suffit plus.

Cécile et MA humble mum, toutes les deux motivées et mitigées sur cette question du redoublement.