MOTS D’EXPERT : Mélanie JOARY

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Mélanie a été professeur des écoles (Education Nationale) pendant 18 ans. Elle a toujours nourri une vocation pour l’enseignement.

Faisant le constat que les élèves écrivaient de plus en plus mal, que certains d’entre eux étaient diagnostiqués avec des troubles dans leurs apprentissages (cf Dysorthographie, dysgraphie, dyslexie), elle s’est rendue compte que les méthodes « classiques » d’apprentissage qui lui avaient été enseignées ne permettaient pas toujours d’aider les enfants à progresser.

Elle a ainsi réalisé que de nombreux élèves avaient en fait besoin d’un accompagnement différent pour prendre en considération leurs profils particuliers.

Mélanie s’est alors mise en quête de trouver les moyens concrets d’aider ses élèves.

Elle a entendu parler de l’association «5E» qui offre une formation spécifique de rééducation en écriture.

Mélanie est aujourd’hui installée à son compte au sein d’un cabinet baptisé « Traits de Plume » afin d’accompagner enfants, adolescents et éventuellement adultes dans une rééducation du geste graphique défectueux.

Mélanie nous raconte ce en quoi son métier consiste exactement:

NS : En quoi consiste la méthode «5E»?

MJ : L’écriture va au-delà du geste. C’est une composante de trois dimensions:

  • Symbolique ; connaître l’alphabet
  • Sémantique : Donner un sens à ce que l’on écrit, comprendre
  • Motrice : Maîtrise du geste graphique

La méthode «5E» permet de travailler sous ces trois angles à la fois et permet un réapprentissage global de l’écriture.

Pour exemples concrets, j’ai constaté que des enfants et adolescents :

– tiennent mal leur crayon, que les méthodes de base ne sont souvent pas acquises.

– parfois, ce sont les appuis qui ne sont pas les bons (position du poignet, de l’avant-bras, déplacement du bras), la motricité fine qui n’est pas suffisante, la mobilité du pouce inexistante ou certains réflexes primitifs non intégrés (comme l’agrippement) qui rendent l’écriture laborieuse.

Enfants 4Autant de gestes et d’habitudes non corrigés lors de l’apprentissage de l’écriture qui ne sont pas sans conséquence sur une scolarité.

Le geste d’écriture n’est pas inné. La posture, la position de la feuille, la tenue de crayon, la mobilité des doigts, la forme des lettres… : tout s’apprend et tout a son importance.

Si l’apprentissage a été perturbé, cela peut entraîner illisibilité, lenteur et même douleur. C’est particulièrement vrai chez les enfants souffrant de troubles DYS qui ont du mal à automatiser les gestes graphiques.

J’aide ainsi les enfants à acquérir des stratégies de copie.  Ecrire sans multiplier les levers de regard qui font perdre du temps et entravent la fluidité de l’écriture, ça s’apprend.

Lire et écrire sont deux choses indissociables et apprendre à copier efficacement c’est-à-dire rapidement, joliment et en comprenant ce qu’on écrit, c’est important pour la réussite d’une scolarité.

L’idée est avant tout celle d’adapter les travaux de rééducation aux difficultés spécifiques de chaque élève. Je personnalise mes exercices en fonction des goûts de mes élèves. La relation duelle permet de vrais échanges qui créent du lien et de tisser une confiance réciproque bénéfique aux apprentissages.

Par ailleurs, le travail se fait certes avec l’élève en fonction de son profil et de ses difficultés mais aussi et surtout avec l’implication de ses parents, de sa famille.

Je donne des exercices personnalisés à faire à la maison. C’est un gage de réussite.

Cela nécessite une implication et de l’autodiscipline tant de la part de l’enfant que du parent.

Enfants 3Je peux aussi vous dire ce que la méthode 5E n’est pas.

Il ne s’agit nullement d’exercices de répétition de lignes d’écriture.

Conçues dans la compréhension du geste graphique spécifique à chaque enfant, les rééducations de l’écriture ne sont pas de longues durées.

Réconciliés avec leur écriture, les enfants font souvent parallèlement des progrès en orthographe.  Parallèlement leur comportement scolaire et leur estime de soi s’améliorent.

Mon activité est également complémentaire à celle de pratiques para médicales tel que la psychomotricité ou l’orthophonie sachant que ces dernières couvrent un champ d’application plus large.

Sous un angle un peu plus « technique », la méthode s’inspire aussi des neuro sciences.

Nous sommes actuellement 30 rééducateurs formés à cette méthode et en exercice »

NS : Quelles sont les difficultés motrices type rencontrées par vos élèves ?

MJ : Les trois difficultés prépondérantes rencontrées sont les suivantes:

  • L’illisibilité
  • La lenteur

Il y a effectivement beaucoup d’enfants qui sont en double tâche : malgré leur âge parfois avancé, l’écriture n’est pas automatisée et leur demande un tel effort cognitif qu’ils sont parallèlement incapables de se concentrer sur les vigilances orthographiques par exemple.

L’écriture pourra être agréable esthétiquement mais trop lente, soit peu efficace pour les travaux demandés dans le cadre scolaire. Et cela est particulièrement vrai lorsque l’élève arrive au collège.

Les attentes des enseignants seront proportionnellement plus importantes. Et l’élève pourra se sentir perdu si on lui demande d’être plus rapide.

Ces élèves sont alors pris dans l’éternel dilemme : « soit je ralentis et c’est plus joli mais je n’ai pas le temps, soit j’accélère mais plus ça va vite plus ça se délite… »

  • La douleur

Le geste demandant trop d’efforts pour l’enfant qui pourra parfois aller jusqu’à ressentir des douleurs physiques dans les doigts, la main, le poignet voire même l’épaule.

Sans nécessairement parler de douleur, l’enfant ressent parfois de l’inconfort et cela suffit pour rendre l’écriture pénible et coûteuse !

NS : Quels sont les délais de progression des élèves « en moyenne » avec cette méthode ?

MJ : En moyenne, 6 à 8 séances seront suffisantes pour rééduquer une écriture. Les progrès se voient généralement dès la 3ème ou 4ème.  Les séances sont espacées de 3 ou 4 semaines, sauf les deux premières qui sont plus rapprochées.  Chaque séance dure 45 min à 1 h et la présence d’un parent ou accompagnateur est indispensable, car il devra encadrer l’entraînement quotidien de l’enfant à la maison.  A l’issue de chaque séance l’enfant repart avec un programme personnalisé d’exercices qui nécessite un travail de 10 min par jour.

L’autodiscipline est nécessaire et on peut comparer la rééducation avec l’apprentissage d’un instrument de musique : si les efforts sont réguliers, les progrès seront toujours au rendez-vous.

Enfants 5Pour des enfants présentant des troubles spécifiques des apprentissages (les «DYS»), il faudra plutôt compter 10 séances (Soit environ 8 mois) mais ce n’est parfois pas plus long que pour les autres.

Pour certains profils (dyspraxie sévère par exemple), nous ne pourrons pas échapper au passage sur le clavier. Mais des progrès vont éclore en tout état de cause et l’enfant ou l’adolescent peut retrouver de l’autonomie à l’écrit et n’utiliser son ordinateur que partiellement.

La relation avec l’école ayant souvent été abîmée, il est très important d’œuvrer en parallèle pour une estime de soi retrouvée. Quand un enfant ou un adolescent retrouve l’aisance avec son écriture les parents me disent souvent qu’il n’y a pas que l’écriture qui change ! Confiance en soi, estime de soi … c’est un épanouissement global.

NS : Comment est-ce que vos méthodes font le lien avec le cadre plus strict et standardisé de l’école justement ?

MJ : Comme j’ai moi-même longtemps travaillé au sein de l’éducation nationale, je suis en mesure de fournir à l’enfant des outils qui ne le mettront pas en défaut vis-à-vis de ses enseignants.

Je suis d’ailleurs souvent en contact avec ces derniers qui me font part des difficultés et progrès de leurs élèves. Tout cela se passe en toute bonne intelligence et en harmonie.

Le réseau 5E a d’ailleurs à cœur de former les enseignants à l’enseignement de l’écriture et régulièrement des formations sont organisées.

Pour ma part j’interviens auprès des équipes enseignantes dans les établissements publics ou privés qui me sollicitent et anime des conférences sur les troubles de l’écriture sur demande.

NS : Quelques mots synthétisant votre leitmotiv ?

MJ : « Pour qu’écrire redevienne un plaisir »

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