MOTS D’EXPERT : Léa DEKKER

Léa DEKKER

Née d’une mère franco-suisse et d’un père néerlandais, Léa Dekker a suivi des études de socio-ethnologie. Elle devient par la suite professeur des écoles dans l’Education Nationale et se spécialise dans les troubles cognitifs et du comportement. Elle est motivée par le désir de participer à un réel changement sociétal et d’accompagner les enfants afin de devenir des citoyens adaptés au monde de demain.

NS : Pouvez-vous décrire en quelques mots les contours de votre métier?

LD : Je suis directrice R&D (« Recherche & Développement ») de l’Autre Ecole, un établissement scolaire alternatif bilingue pour les 3-11 ans. Je suis responsable de l’innovation pédagogique, des formations et de l’accompagnement des élèves.

Je suis formatrice spécialisée dans la surefficience et déficience intellectuelle et dans les troubles du comportement.

Je fais du conseil auprès d’établissements privés et publics. J’ai enseigné durant 12 ans.

NS : Quels liens établissez-vous entre vos différentes activités?

LD : Les mots-clés qui me viennent sont : Pédagogie, apprentissage, co-construction, échange, partage.

Je me sers de mes années d’enseignement et des ateliers auxquels je participe pour former les adultes (parents, enseignants, directeurs, AESH…) que je côtoie

NS : Pouvez-vous m’expliquer votre parcours professionnel ?

LD : J’ai d’abord été AESH (Accompagnant des Elèves en situation de handicap- ancien AVS) dans une classe relais structure qui permet aux élèves décrocheurs de leur redonner confiance dans le système scolaire.

Je deviens par la suite professeur des écoles dans l’éducation nationale et me suis rapidement spécialisée dans les troubles cognitifs et du comportement.

Je suis également devenue formatrice en pédagogie différenciée.

J’ai enseigné et formé en France mais également aux Etats Unis et au Canada.

Je suis désormais directrice de l’innovation pédagogique de l’Autre Ecole et ai monté en parallèle une société de conseil en pédagogie différenciée

NS : Quelles sont les difficultés d’apprentissage récurrentes rencontrées dans votre vie d’enseignante? Quelle est la définition donnée à un « enfant à besoins particuliers »

LD : En tant que coordinatrice ULIS (Unité Localisée Pour l’Inclusion Scolaire), les troubles de l’apprentissage que j’ai le plus souvent rencontrés sont les troubles de l’attention et/ou de l’hyperactivité, les difficultés liées au spectre autistique et les « dys ».

En tant que directrice R&D de l’Autre Ecole, il s’agirait plutôt des enfants à haut potentiel ( HP), les élèves intellectuellement précoces ( EIP).

Il y a 10% de plus d’enfants à BEP (« Besoins Educatifs Particuliers ») scolarisés dans chaque classe chaque année.

Un enfant à besoin éducatif particulier est un enfant pour qui l’accès aux apprentissages doit être repensé. Pour que ce dernier puisse accéder au socle commun de compétences et connaissances, il faudra de la remédiation, des outils et supports adaptés.

L’égalité ce n’est pas l’équité. Donner la même chose à chacun, ce n’est pas forcement participer à l’équité. Donner à chacun ce dont il a besoin, c’est participer à l’égalité des chances.

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NS : Quelles sont les difficultés rencontrées en tant qu’enseignante spécialisée ?

LD : La première difficulté à laquelle je pense est l’absence d’une réelle inclusion. Il existe un décalage entre la loi pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées » du 11 février 2005 et la réalité du terrain.

Il y a un vrai manque de formation des équipes enseignantes et les professeurs spécialisés n’ont pas de temps à leur disposition pour constituer de réelles personnes ressources.

Il existe également une carence dans l’accompagnement des familles et un manque d’information communiquée.  Elles sont livrées à elles-mêmes.

Les plus chanceuses rencontreront des professionnels compétents…

Des formations pour les professeurs qui ont du sens, qui répondent aux besoins de terrain qui participent à un changement sociétal, qui innovent ne sont pas proposées dans le plan de formation académique. Je me suis souvent formée en finançant moi – même les ateliers.

NS : Comment répond l’éducation nationale à ces problématiques? Qu’est-ce qui est concrètement mis en place?

LD : Le gouvernement actuellement en place a le mérite d’avoir nommé une secrétaire d’état chargée des personnes handicapées et issue de la société civile. Ca a du sens pour moi. Elle sait de quoi elle parle et quels sont les besoins.

Des mesures ont depuis étaient instaurées : plus de référents par académie,  d’AESH dans les classes, d’élaboration d’outils sur Eduscol, de propositions de formations d’enseignants autour de l’inclusion scolaire mais c’est lent…

NS : Vous qui travaillez (ou avez travaillé) au sein de classes spécialisées (ULIS) au sein de l’école, quelle est la limite à votre sens distinguant la « classe dite ordinaire » et la classe spécialisée? En d’autres termes, Quels sont les profils qui doivent selon vous intégrer des classes spécialisées?

LD : On ne parle plus de classe mais de dispositif. On est passé de l’exclusion à la ségrégation. De la ségrégation à l’intégration et de l’intégration à l’inclusion.

Au début de carrière, je travaillais en U.P.I (unité pédagogique d’intégration). Créée en 1995, c’était une classe dans un établissement public. Les élèves étaient de temps en temps intégrés aux autres classes en fonction de leurs compétences, appétences mais surtout de la bonne volonté de l’enseignant.

Puis en 2010, l’UPI est devenue ULIS. Ces mêmes élèves étaient inscrits dans une classe qui correspondait à leur âge. Le dispositif ULIS est considéré comme un lieu de remédiation.

La réalité est que nous fonctionnons encore beaucoup avec l’intégration et l’école inclusive peine à trouver sa place.

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NS : Que pensez-vous des aménagements scolaires mis en place au sein des dites classes ordinaires? En quoi répondent-ils aux difficultés rencontrées par l’enfant et en quoi ne le font-ils pas?

LD : Les aménagements prévus au sein des classes sont intéressants mais pas toujours appliqués et adaptés aux BEP (« Besoins Educatifs Particuliers ») des élèves.

On entend parler de tiers temps supplémentaire pour réaliser une évaluation, d’une aide d’AESH (« Accompagnant des Elèves en situation de handicap) , de l’utilisation d’un ordinateur… mais ce n’est pas suffisant.

De plus, les coordonnateurs d’ ULIS devraient être une personne ressource mais ce n’est pas le cas car du temps doit être libéré pour ça. Il y a également un manque de diffusion de l’information, de plateforme de partage.

NS : En quoi consiste concrètement votre/vos méthode (s) d’apprentissage ?

LD : Ma pédagogie s’inspire de plusieurs méthodes et éminents pédagogues; l’éducation positive, les neurosciences, Méthode Singapour , Borel Maisonny, Decroly, Steiner, Freinet, Montessori, Malaguzzi…

Je passe beaucoup de temps à me former, à lire sur des méthodes qui ont fait leur preuve ou qui sont innovantes et à échanger avec des intervenants du monde de l’éducation.

Les problèmes d’apprentissage sont parfois multiples. Tout ne se résume pas à une vision scolaire des choses. Il y a des blocages, des sensibilités qui ne feront surface qu’après avoir créé un lien de confiance.

Il faut être très attentif à son élève dans sa globalité et surtout rester ouvert.

Il y a aujourd’hui par exemple des logiciels et applications en matière d’éducation formidables en ce qu’ils aident les enfants à progresser tant ils sont intéressés et mobilisés sur l’outil.

L’éducation nationale en dresse d’ailleurs elle-même une liste (Eduscol). Ce serait dommage de s’en passer sous seul prétexte que les écrans ne sont pas bons pour les enfants. Tout est évidemment une question de mesure. L’outil est un moyen et non un objectif final.

Je mets en place les conditions pour favoriser l’expression du potentiel de l’enfant, je place les habiletés sociales, les compétences socio émotionnelles au sein de mon enseignement.

J’identifie les formes d’intelligence et profils d’apprentissage des élèves et les valorise tous. Je me base ensuite sur mes analyses pour préparer mes séances.

Je différencie ma pédagogie et réponds à leurs besoins éducatifs particuliers.

NS : Pouvez-vous livrer quelques clés techniques de votre métier?

LD : Faire un point d’honneur à respecter sa parole, ses engagements auprès des enfants.

Offrir des moments et des espaces pour libérer la parole. La relation de confiance adulte/enfant est la base d’un enseignement de qualité. J’essaie d’instaurer un cadre bienveillant et cadrant. Les élèves savent qu’ils peuvent être eux-mêmes, s’exprimer, expérimenter, être force de proposition et qu’il y a également un fil rouge à suivre. Je suis exigeante, je les tire vers le haut et essaie de les « tirer vers le haut », le « haut » étant pour moi l’autonomie, la responsabilité et le bonheur.

NS : Comment savoir comment s’orienter au milieu de ces méthodes lorsque l’on n’est pas spécialiste?

LD : On se documente sur le net (groupes facebook par exemple), on lit la presse spécialisée, on en parle avec des amis… mais c’est extrêmement chronophage et pas toujours précis.  Pas rares sont les mères (ce sont souvent les mères J )qui quittent leur travail pour se lancer dans l’instruction en famille, elles expérimentent…

A mon sens, il est essentiel de créer un espace de partage d’informations dont la source est professionnelle ou validée par un expert.

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