MOTS D’EXPERT : Anne-Christine Villecroze

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Psychologue et psychopédagogue – Agrégée de mathématiques

Anne-Christine est professeur agrégé de mathématiques et a ainsi enseigné du collège aux classes préparatoires aux grandes écoles pendant plusieurs années.

Elle continue à enseigner les mathématiques au sein d’écoles d’ingénieurs ainsi que dans une association pour la préparation des concours post-bac.

Parallèlement, Anne-Christine a créé son cabinet libéral situé à Paris. Elle propose notamment aux enfants et adolescents un accompagnement scolaire et méthodologique personnalisé en s’appuyant sur la pédagogie, la psychologie et les neurosciences.

Plus récemment, elle a co-créé les Ateliers triple A où elle anime des ateliers en groupes pour collégiens, lycéens et étudiants.

La pratique quotidienne de son métier auprès des jeunes lui a fait prendre conscience qu’un enseignement académique des mathématiques ne répond pas toujours aux besoins des élèves.

Dans un pays comme le nôtre réputé pour encourager la bosse « scientifique », elle a ainsi fait le constat que derrière les mathématiques se trouvaient de nombreux enjeux qui dépassaient le cadre scolaire. Un simple soutien en mathématiques n’était souvent pas suffisant pour qu’un jeune progresse dans cette matière.

Anne-Christine a donc continué à se former dans de nombreux domaines, comme la pédagogie (par exemple à l’IREM, institut de recherche pour l’enseignement des maths), les neuro-sciences (par exemple les enseignements de Stanislas Dehaene ou les formations de Steve Masson), la psychopédagogie (au GEPALM, groupe d’étude pour les psychopathologies logico-mathématiques) ou la psychologie (cognition et émotions, psychologie positive…)

Elle a finalement décidé de revenir sur les bancs de l’« école » et de reprendre un cursus universitaire en psychologie et a obtenu le titre de psychologue (psychologie du travail, de l’orientation et du conseil)

Anne-Christine nous raconte en quoi son métier consiste plus concrètement :

NS : Pouvez-vous décrire en quelques mots les contours de votre métier ?

A-C V : Je travaille à un croisement entre l’éducation, la pédagogie et la psychologie.

J’accompagne des jeunes avec des difficultés d’apprentissage ou des troubles (par exemple des troubles Dys ou des troubles attentionnels). Grâce à mon expérience et mes compétences en mathématiques et en pédagogie mais également mes connaissances en psychologie, j’aide le jeune à prendre conscience de ses blocages pour les dépasser. L’accompagnement s’adapte à la demande de la personne accompagnée. Mes accompagnements ont pour but de permettre à chaque jeune d’identifier ses difficultés, de les surmonter en découvrant son potentiel et enfin de se réaliser. Un objectif parfois ambitieux mais qui me tient vraiment à cœur.  

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NS : Quel lien faites-vous entre ces différentes activités ?

A-C V : Je dirais simplement que mon expérience auprès des élèves m’a appris que les difficultés en mathématiques ne sont pas toujours résolues à l’aide d’un simple soutien en mathématiques.

Les blocages en mathématiques sont aussi parfois liés à des problèmes émotionnels ou de gestion du stress.

D’autres composantes classiques rentrent en jeu comme par exemple une difficulté d’organisation, un défaut de méthode en mathématique ou de méthodologie plus généralement, une incompréhension des attendus scolaires ou des consignes implicites.

En fait, la psychologie et les neuro sciences me permettent d’affiner ma lecture du fonctionnement cognitif et psychoaffectif des étudiants et ainsi de mieux analyser les difficultés qu’ils rencontrent pour mieux les accompagner.

NS : En quoi consistent vos méthodes d’accompagnement ?

A-C V : Je n’applique jamais deux fois la même méthode tant chaque profil est unique, mais le lien de confiance établi est fondamental et il est également important de faire équipe avec la famille.

Une séance dure 1 heure, le rythme est adapté à la situation mais le plus souvent 1 séance par semaine ou par quinzaine.

Je dirais donc plus précisément que :

  • J’aide le jeune à prendre conscience de ses blocages pour les dépasser. J’utilise alors les apports de la psychologie et de la pédagogie.
  • J’aide le jeune à comprendre comment son cerveau fonctionne pour mieux ancrer les apprentissages. J’utilise pour ce faire les neuro sciences entres autres.
  • Je lui propose de s’approprier des techniques d’apprentissage qui lui sont adaptées.
  • Je l’aide également à restaurer sa confiance en lui.
  • J’effectue des bilans neuro-psychologiques (WISC, Tea-ch …) ainsi que des bilans logico-mathématiques.
  • A la suite des bilans une remédiation cognitive peut être engagée.
  • Je pratique des bilans d’orientation afin que chacun puisse s’épanouir dans la voie de son choix.

Aider les jeunes à acquérir et/ou consolider des connaissances est crucial pour éviter le décrochage scolaire et le découragement mais il ne faut pas oublier que le jeune travaille aussi et surtout pour se construire un avenir en qualité d’adulte.

NS : Quels sont les problèmes « type » rencontrés par vos élèves ?

A-C V : Je rencontre des profils d’élèves très variés.

Pour exemples concrets,

  • Un jeune qui rencontre subitement une chute dans ses résultats scolaires alors qu’il avait jusqu’alors des résultats corrects et qui ne communique plus bien avec sa famille
  • Un élève qui a de mauvais résultats en mathématiques et qui se trouve « nul en maths », nous allons travailler sur un axe double : sentiment d’efficacité en mathématiques et lacunes éventuelles en maths.
  • Un jeune qui a des problèmes d’organisation de son travail et de ses affaires, de méthodes. Certaines élèves ne répondent pas bien au soutien scolaire classique qui n’est qu’une redite des apprentissages scolaires, sans compréhension de l’être dans son ensemble.
  • Des élèves avec des troubles « Dys » ou « TDAH », je les accompagne alors dans leurs apprentissages des mathématiques mais je les aide également à trouver la bonne attitude en classe. Je travaille donc souvent en collaboration avec d’autres professionnels comme les psychiatres, les orthophonistes. Je fais également passer à ces jeunes des bilans complémentaires à la demande de leur médecin. Ces jeunes représentent un tiers de ma patientèle environ.
  • Des élèves avec des problèmes d’organisation et de mise au travail, difficultés qui se retrouvent aussi chez les adolescents TDA/H (trouble de l’attention avec ou sans hyperactivité). Je peux par exemple leur faire écrire leurs échéances dans un agenda électronique, intégrer des alertes et je m’assure régulièrement qu’elles soient respectées.
  • Il y a des jeunes en grande difficulté psychique et scolaire. Ils cultivent une vraie aversion pour l’école. Il est parfois nécessaire de les réconcilier d’abord avec eux-mêmes.
  • Je vois également des élèves qui ne sont pas satisfaits de leurs résultats scolaires et qui veulent progresser. Je leur apporte alors un suivi adapté.

 NS : Quels progrès constatez-vous dans l’ensemble ? Au bout de combien de temps ?

A-C V : C’est bien sûr très variable. Le jeune et ses parents doivent constater rapidement des changements ou des progrès, si ce n’est pas le cas, je suis la première à affirmer que je ne suis pas la bonne personne et incite à consulter un autre professionnel.

En général, de vrais progrès s’installent entre 5 et 10 séances. Il arrive aussi qu’une séance suffise à débloquer une situation précise. En tout cas, il n’y a quasiment jamais plus de quinze séances. Je ne reverrai un élève l’année suivante que s’il souhaite se fixer de nouveaux objectifs.

Je dirais qu’il y a amélioration des résultats « scolaires » neuf fois sur dix. Voir un adolescent reprendre confiance en lui, renouer avec son entourage familial et amical et avancer plus confiant vers le futur est une formidable récompense.

NS : Quel lien faites-vous entre votre travail et le travail scolaire ? Y a-t-il incompatibilité ?

A-C V : Je cherche à instaurer une vraie collaboration avec l’éducation nationale. Le fait que je sois enseignante m’y aide grandement.

Je connais les limites du système. Et j’apprécie de pouvoir travailler avec les enseignants, psychologues scolaires et/ou chefs d’établissement quand c’est nécessaire.

Il est très important de ne pas dénigrer ses enseignants auprès du jeune, mon travail consiste aussi à l’aider à améliorer ses relations avec ses professeurs.

NS : Votre leitmotiv en quelques mots ?

A-C V :

  • Débloquer les freins,
  • Faire émerger les ressources,
  • Retrouver du plaisir dans les apprentissages et
  • Se réaliser…