2018-13-10 : Respect de l’environnement, apprentissage de l’échec

L’école doit repenser ses fondements afin d’adapter nos enfants au monde qui vient. C’est en tout cas le point de vue de notre lectrice Léa Dekker, enseignante spécialiste de l’inclusion scolaire qui participe à la mise en place d’une école alternative, baptisée l’Autre école, et qui nous a proposé les pistes suivantes. 

En tant que mère d’un jeune garçon de 3 ans et enseignante depuis plus de dix ans ans, je me questionne sur la façon dont l’éducation va pouvoir participer et préparer les enfants à devenir des citoyens épanouis, bienveillants et capables de relever les défis de demain.

 

Les enfants ne se sentent pas outillés pour relever les défis de demain

 

Je côtoie depuis 20 ans des enfants de 2 ans et demi à 18 ans, j’ai enseigné à ces derniers et formé leurs enseignants en France et à l’étranger et mon constat peut se résumer ainsi  : les enfants ne se sentent pas outillés pour relever les défis de demain. L’école devrait pourtant permettre aux enfants d’être en phase avec les réalités actuelles et celles du monde à venir.

Il y a un an, j’ai questionné des collégiens sur leur envie de s’inscrire dans le
monde de demain. 80 % des élèves ont répondu par la négative. Le futur ne vend pas du rêve… Comment l’école peut-elle aider à se sentir armé et à identifier les défis et enjeux à relever? L’école innove certes mais définit cette innovation comme une fin en soi alors qu’il s’agit d’un processus. Il ne s’agit pas seulement d’imaginer une école actuelle augmentée, une projection du présent amélioré mais bien de repenser le fond et la forme, les contenus et les modalités d’apprentissage !

Voici quelques pistes pour envisager une école du futur qui permettrait à nos enfants d’appréhender au mieux le monde qui vient.

 

Créer du partage intergénérationnel

La sphère familiale offre une transmission de génération en génération par des anecdotes orales, des récits de vie, des expériences partagées…mais l’école ne  renforce pas ou n’impulse pas cette transmission.

Il est essentiel d’asseoir des bases solides, de comprendre d’où l’on vient, qui l’on est, pour mieux appréhender qui l’on souhaite devenir. En proposant des temps réguliers de partages intergénérationnels, l’Ecole doit s’ouvrir et ne plus être un lieu fermé qui cloisonne. Elle devrait favoriser les échanges entre enfants et adultes et les faire se retrouver autour d’ateliers par exemple, ou de jeux de société faits pour créer du lien. 

 

Respecter et préserver notre environnement

Un des enjeux de notre société est d’accompagner les enfants à lutter contre les changements climatiques et à trouver ensemble des solutions pour permettre à 7 milliards de personnes de vivre sans épuiser les ressources.

L’école doit offrir l’opportunité  aux élèves de s’engager dans des « défis globaux qui ont une résonnance locale », comme les nomment François Taddéi qui s’engage dans l’association Bâtisseurs de possibles

 

 

Force est de constater que les modules sur l’environnement sont encore trop théoriques. Les enfants ne peuvent appréhender toute l’ampleur d’une action si elle n’est vue qu’en surface entre les murs d’une classe.

L’école devrait créer des conditions où l’enfant participe activement à la construction de ses problèmes et concourt à la mise en œuvre des méthodes qui lui permettront de les résoudre, comme le promeut John Dewey. L’enfant doit être acteur de ses apprentissages et engagé dans les situations proposées.

Par exemple, élaborer un potager basé sur la permaculture, installer un poulailler, grimper aux arbres, ramasser des graines, les planter… c’est aussi permettre à nos enfants de s’inscrire dans une démarche expérimentale (on observe, on émet des hypothèses, on expérimente, on obtient des résultats, on interprète et enfin on conclut).

 

Développer des « softs skills »

Comment savoir qui l’on est si l’on ne nous permet pas d’introspection ? « Les compétences liées au savoir – être, au vivre ensemble, à la gestion des émotions qui régissent 90 % de notre temps sont des aptitudes qui ne sont pas enseignées mais c’est un manque à combler », écrit le spécialiste de l’éducation émotionnelle Michel Claeys Bouuaert.

L’école devrait donc permettre l’épanouissement de chacun en l’aidant à identifier son élément, son potentiel, son profil d’apprentissage. On doit comprendre son intérieur afin d’être en harmonie avec l’extérieur. L’éducation devrait ainsi participer au développement de toutes les intelligences.

 

 

On ne peut plus véhiculer un modèle éducatif fondé sur le principe que tout le monde doit apprendre les mêmes choses et être évalué de la même manière. Cela suppose donc que l’équipe pédagogique soit capable de répondre aux besoins spécifiques, d’accompagner les élèves à identifier leurs intelligences et à les exploiter de manière à optimiser leurs manières de faire et d’apprendre.

Se connaître dans son entièreté : savoir comment on réfléchit, la manière dont on apprend, comprendre le fonctionnement de notre cerveau, afin d’apaiser les tensions, de faire preuve de plus de plus de tolérance, et avoir de moins en moins d’exigences inatteignables. La méditation peut également en amont, anticiper et réduire les périodes de colère, de malaise et en situation, désamorcer une crise, un épisode difficile à gérer. 

 

Donner un statut positif à l’erreur

Actuellement, les enfants craignent l’erreur et la vivent comme un échec. Un enfant qui conscientise son erreur, en comprend l’origine, peut parvenir à rebondir.

 

On n’apprend pas de nos erreurs, on apprend de nos succès

 

Les sciences cognitives nous apprennent que chaque erreur de prédiction génère de la curiosité : c’est la dopamine dans le cerveau qui active le plaisir, la récompense, la satisfaction et pousse l’enfant à réduire l’écart entre ce qu’il sait et ne sait pas. En fait, on n’apprend pas de nos erreurs, on apprend de nos succès et ces derniers sont possibles quand les erreurs ont été analysées.

« Un enfant qui conscientise son erreur, en comprend l’origine, peut parvenir à rebondir » (CC FlickR)

 

Face à l’erreur, une attitude bienveillante est essentielle mais ne fait pas tout. L’autre élément pour rendre l’erreur bénéfique est d’aider l’apprenant à prendre conscience de cette erreur et en connaitre l’origine. Pour ce faire, je mets en place les conditions pour que chaque élève confronte ses représentations avec les autres  et je travaille sur la métacognition– j’engage une réflexion sur son propre fonctionnement, sur les stratégies mises en place.

 

Faire seul pour mieux faire ensemble

Nous vivons dans une société individualiste mais tendons vers davantage de solidarité et d’échange. L’école doit permettre plus d’autonomie et inscrire les élèves dans une logique de coopération.

 

L’enseignant n’est plus celui qui donne les réponses mais celui qui questionne

 

Présenter  l’adulte comme un facilitateur et non plus comme détenteur des savoirs à acquérir. L’enseignant n’est plus celui qui donne les réponses mais celui qui questionne et qui permet le questionnement. Il observe l’enfant et identifie ses périodes sensibles et répond à ses besoins, il respecte son rythme propre et ses particularités individuelles. Il permet d’apprendre à faire en faisant : c’est toute la théorie de la pédagogie Montessori

On construit ensemble les uns avec les autres. Cela doit passer par des moments tels que des débats coopératifs, des débats philo mais également par des moments fréquents de jeux. Observez comme un enfant est naturellement enclin à jouer et remarquez comme il apprend en jouant. 

 

Développer l’empathie

Fini le temps où tout était programmé et prédéfini à l’avance. Désormais il faudra savoir comprendre le monde qui nous entoure et ses défis, savoir collaborer avec des gens très différents, être adaptable, prendre des initiatives, voire inventer son propre métier… Pour cela, il faudra  maîtriser de nouvelles  compétences et des « qualités » telles que l’empathie, la capacité à prendre des risques, ou à travailler en équipe.

L’école du futur ne devra laisser aucun enfant sur le bord du chemin (CC FlickR)

 

L’idée d’offrir dès le plus jeune âge une formation initiale et continue aux premiers secours au sein de l’établissement pour sensibiliser et outiller les enfants à être solidaires, empathiques.

L’instauration d’un « community services » avec des compétences sociales à valider semble être une piste très intéressante. A l’instar de certains établissements américains, l’idée de valider des compétences sociales à travers des missions solidaires dès le plus jeune âge est à creuser. L’école se doit également d’être largement inclusive, elle doit être ouverte à tous y compris aux élèves en situation de handicap.

 

Suggérer un nouveau rapport au temps

Nous vivons dans une période où nous sommes dans l’urgence, nous souhaitons les choses dans l’immédiat. Nous ne cessons de rappeler à nos enfants de se dépêcher de s’habiller, à nos élèves de terminer rapidement d’écrire la date… Laissons-leur le temps ! Les neurosciences le prouvent : sous pression le cerveau produit du cortisol qui empêche les connexions synaptiques de se faire correctement, donc nous n’apprenons pas. C’est simple. Mettons du temps long dans les décisions, dans les activités…

 

Donner du sens aux apprentissages

Encore trop d’élèves apprennent car ils ont un contrôle, car ils veulent avoir une bonne note ou pour satisfaire l’adulte quel qu’il soit.

 

Le système de notation comme indicateur d’un niveau d’intelligence est obsolète

 

La motivation est extrinsèque, exogène à l’apprenant. Le système de notation comme indicateur d’un niveau d’intelligence ou de compréhension est obsolète. Il est désormais indispensable d’inscrire les élèves dans des apprentissages réels, utiles à court, moyen et long terme.

L’implantation de fablab en tant que tiers lieu éducatif semble très intéressante pour répondre à ce besoin. Savoir pourquoi et pour quoi l’on apprend semble une évidence mais ce n’est malheureusement pas systématisé. Il s’agit des lors d’ancrer les apprentissages dans le réel.

L’école doit ouvrir ses portes, crée du lien social, intergénérationnel, permettre aux jeunes de découvrir des métiers, de rencontrer des personnalités, de créer, construire, travailler avec eux !

Si l’on met en place tout ou partie de ces observations, nous pourrons faire de l’école de demain une école du lien, une école pour tous, une école qui ancre dans le réel le monde d’aujourd’hui et prépare au monde de demain.